Lutte Ouvrière et les élections

Dans les Etats dits « démocratiques », les élections rythment la vie politique avec une grande fréquence. Elles sont présentées comme le moyen par lequel la population peut choisir ceux qui la représentent et décider ainsi des choix et des orientations de la société.

En réalité, aucune de ces élections ne permet de changer la société car le droit de propriété, fondement du pouvoir de la bourgeoisie, n’est jamais soumis au vote populaire. Quels que soient les résultats des élections, la bourgeoisie conserve le contrôle de l’économie et des richesses. Cela lui donne les moyens de financer par de multiples canaux les grands partis qui défendent ses intérêts. Avec ses chaînes de télévision, ses médias, ses intellectuels dévoués ou appointés, elle influence l’opinion des classes populaires. Avec leur bulletin de vote, les opprimés n’ont finalement le droit, pour reprendre une expression de Lénine, que de choisir ceux qui participeront à leur oppression au cours des années suivantes.

Dans une certaine mesure, les élections permettent de donner une photographie, à un moment donné, de l’état d’esprit de l’opinion publique. Mais cette photographie est bien déformée.

Pour commencer, une fraction des classes populaires est écartée du droit de vote faute d’avoir la nationalité du pays où elles vivent et travaillent. De très nombreux autres travailleurs, désabusés par les trahisons successives des partis qui prétendaient les représenter, ne votent plus et ne sont même pas inscrits sur les listes électorales.

Les modes de scrutins, qui exigent de dégager des majorités absolues et poussent aux alliances et aux reports entre les deux tours, ou encore le découpage des circonscriptions, contribuent à diluer le vote des travailleurs même quand ils sont décidés à s’exprimer.

Les organisations socialistes et communistes, quand elles défendaient encore des perspectives révolutionnaires, ont toujours cherché à faire du suffrage universel un moyen, pour les opprimés, de se faire entendre et d’offrir une tribune à leurs porte-parole dans les cas où ils étaient élus.

Se situant dans cette tradition politique, Lutte Ouvrière présente des candidats aux élections chaque fois qu’elle en a les forces et que la situation le justifie.

Mais, quelles que soient les institutions en place, un programme de transformation sociale ne pourra jamais être mis en application dans le cadre d’une société dominée par la grande bourgeoisie. Il ne pourra commencer à s’appliquer que lorsque les classes laborieuses mises en mouvement en arriveront à la volonté de contester la direction de l’économie à la bourgeoisie. C’est-à-dire quand la lutte quittera le terrain du parlementarisme, que la classe ouvrière s’organisera démocratiquement en créant ses propres organes de représentation, et que la révolution ouvrière commencera.